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SÉCURITÉ ET SURVEILLANCE
MODES DE CONTRÔLE VISUEL
DES INFRASTRUCTURES URBAINES
Cette étude porte sur l’organisation physique et pratique des moyens de surveillance visuelle en usage dans les villes canadiennes. Nous tentons d’y retracer les conséquences de multiples développements réglementaires, juridiques et budgétaires visant à sécuriser les infrastructures nationales ; nous comparons les différents modèles d’évaluation et de gestion des risques ; nous analysons les différents modes, usages, objectifs, et résultats des dispositifs de surveillance visuelle. Des travaux ont déjà été effectués à Montréal, Guelph, Edmonton, Vancouver, Toronto, Ottawa et ailleurs dans le monde (projet SCAN).
Cette recherche s’inscrit dans le programme de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque, dans le programme de recherche sur la protection des infrastructure de l’Équipe de recherche sur le terrorisme et l’antiterrorisme et dans les travaux comparatifs de l’Équipe de recherche sur la délinquance en réseaux (ERDR).
SITUATION DU PROJET
La production de la sécurité : un phénomène réseauté gouvernement-police-privé-hybride. Une littérature importante s’est développée autour de la notion de production de la sécurité, afin de dépasser la centralité des institutions de police dans les questions de sécurité, de surveillance et d’intervention (Wood et Shearing, 2007 ; Johnston, 1999 ; Kempa, Carrier, Wood et Shearing, 1999 ; Morgan et Newburn, 2000 ; Ocqueteau, 1990 ; Bayley et Shearing, 1996 ; De Maillard, 2005 ; Johnston et Shearing, 2003). Un thème important est celui de la « gouvernance de la sécurité » à l’époque moderne tardive (Kempa, Stenning et Wood, 2007 ; Garland, 2001; O’Malley, 1998; Rose, 1999, Kempa, 1999, Leman-Langlois et Shearing, 2010). Cette littérature fait de plus en plus appel au concept de « réseau » et conçoit les acteurs de la sécurité et les individus et groupes auxquels ils sont reliés comme des « noeuds » (nodes) connectés les uns aux autres (Dupont, 2004 ; van Meter, 2002 ; Wood, 2004). En résumé, il s’agit de repenser la sécurité non plus comme une fonction centralisée et sous la responsabilité d’agences gouvernementales spécifiques — en particulier la police publique traditionnelle — mais plutôt en termes de réseaux d’acteurs liés entre eux par des règles, protocoles, ententes informelles, échanges d’information, besoins de coopérer, etc. Ces modes d’interaction varient à l’infini et sont toujours localisés sur des pratiques, politiques, phénomènes ou autres besoins particuliers, situés dans le temps et l’espace. À la fois, la structure de ces interrelations influence les représentations et le comportement des acteurs qui forment les « noeuds » du réseau.
La construction sociale du risque : la notion de « risque » est de plus en plus fondamentale à la compréhension des rapports sociaux et intervient dans des aspects de plus en plus nombreux de notre vie quotidienne, en famille, au travail, dans nos déplacements, nos loisirs, etc. L’un des concepts fondateurs est celui de « société du risque », établi par Ulrich Beck (1992). Le mode dominant d’aplanissement des différences inter-individuelles et inter-groupes serait passé de la redistribution des biens, des richesses, qui était la fonction de l’État-providence classique, à la redistribution des maux, des dangers ou « risques ». Le fondement de cette redistribution est l’évaluation des risques que comportent toutes nos activités. En matière de criminalité, il s’agit de victimisation personnelle par le crime « de rue », de victimisation de groupe par la grande criminalité comme le crime organisé, les grandes fraudes et la destruction de l’environnement ou de la victimisation collective engendrée par le terrorisme, l’ingérence ou les guerres, phénomènes fortement médiatisés. Or, un aspect fondamental de cette évaluation personnelle et organisationnelle des risques est sa localisation dans un contexte culturel donné. Nos sujets de préoccupation varient au gré des événements et des moyens que nous avons d’appréhender la réalité — dont la surveillance : toute surveillance met inévitablement l’accent sur un aspect de notre environnement qui sera appréhendé selon les risques qu’il représente.
Au niveau stratégique et pratique, ce projet s’inscrit également dans la littérature relative à la gestion des risques, aux plans individuel, organisationnel et gouvernemental. Cette gestion des risques peut être explorée à deux niveaux. Le premier, plus analytique, tente de comprendre les mécanismes de gestion en les plaçant dans leur contexte sociopolitique (Ericson, 2006 ; O’Malley, 2004 ; Ericson et Doyle, 2004 ; Ericson et Haggerty, 1997). Le second étudie ces mécanismes dans la pratique (Broder, 2000 ; Fisher et Green, 2004 ; Johnson, 2005 ; Leman-Langlois, 2007 ; Leman-Langlois et Dupuis, 2007). Dans l’ensemble, cette littérature porte sur les politiques, programmes et stratégies qui tentent de contourner les risques (éviter d’adopter telle ou telle conduite dite « à risque ») ou à les faire diminuer (adopter des conduites sécuritaires). Parmi ces préoccupations, la surveillance visuelle a de particulier qu’elle peut agir sur les deux plans : elle est censée permettre de contourner les risques en les identifiant et en les localisant, et de les faire diminuer en identifiant leurs causes.
Sociologie de la surveillance. Un des principaux sous-thèmes de la sociologie de la surveillance est la complexité des systèmes : les cibles, les agents, les bénéficiaires, les analystes et les distributeurs de la surveillance et de l’information qu’elle produit ont tous leurs objectifs propres, qui entrent souvent en conflit les uns avec les autres. Leurs réseaux de communication sont eux-mêmes objets et outils de surveillance. Enfin, les techniques de surveillance, en constante évolution, ajoutent à cette complexité. Cette grande variété des pratiques de surveillance permet une approche comparative très féconde. Le second sous-thème d’importance est la variation des relations entre les acteurs : cette variation est tributaire des différents types d’acteurs impliqués. Par exemple, la surveillance d’individus par des organisations n’est pas équivalente à la surveillance que des individus peuvent entreprendre sur les organisations. La surveillance de et par l’État n’est pas équivalente à la surveillance de et par l’industrie privée, les individus, les organisations para-étatiques, etc. Ainsi, la structuration des relations sociales par la surveillance n’est pas une constante, elle varie selon les contextes.
La vidéosurveillance. Les études de l’efficacité anti-crime de la surveillance vidéo montrent des résultats ambivalents. Beaucoup de ces études ont été commandités par le Home Office puisque le gouvernement britannique finance très intensivement l’adoption de ces technologies dans les villes du Royaume-Uni. Chose intéressante, les conclusions de ces études n’influencent que très peu la décision d’adopter ou non des systèmes. À ce jour l’étude la plus complète de l’effet anti-crime des caméras de surveillance reste la méta-analyse de 22 études produite en 2002 par Brandon Welsh et David Farrington, également sous l’égide du Home Office. Cette analyse a conclu à des effets hautement variables et imprévisibles. D’autres études ont tenté d’élucider ces résultats contradictoires, toujours sans résultat convainquant.
Peu d’études se sont penchées sur les technologies de la vidéosurveillance (pour un aperçu, voir SCAN 2009, 2010). Ces technologies sont de trois ordres : celles qui permettent l’installation des caméras (miniaturisation, technologie IP, fibre optique, réseaux sans fil, plates-formes aériennes, etc.) ; celles qui augmentent les capacités des caméras (infrarouge, motorisation, résolution, etc.) et celles qui permettent de traiter l’information visuelle (collecte, archivage, analyse automatisée de contenu [visages, démarche, comportement, formes, objets], combinaison et synthèse, etc.).
Les études sur le fonctionnement social des centrales de surveillance, dont une des premières fut celle de Norris et Armstrong (1999), ont étudié la façon dont les surveillants qui sont chargés d’observer les images fournies par les caméras construisent la notion de « situation dangereuse », de « comportement suspect » et d’« individu suspect ». Cette construction repose surtout sur une évaluation de l’incongruité visuelle des objets perçus par l’individu. Cette incongruité peut être ethnique (être de la mauvaise couleur dans un quartier à dominante blanche, surtout), comportementale (marcher trop vite, trop lentement, flâner, porter une attention particulière à la caméra), ou « policière », qui est le cas de personnes déjà connues de la police. En général, on a conclu que la fonction de monitoring des images produites, souvent partagée et rarement donnée à une personne exclusivement vouée à cette tâche, est très peu efficace et constitue un maillon excessivement faible de la chaîne de surveillance.
OBJECTIFS
Le présent projet de recherche vise à mieux comprendre le réseau de la surveillance visuelle qui émerge des activités de multiples acteurs réseautés dans un milieu urbain, en ce qui a trait à la surveillance (i) publiquement financée (ii) d’endroits publics. Il s’agit d’une recherche exploratoire qui doit remplir les sous-objectifs suivants :
1. Faire l’historique du développement du réseau au plan :
a. Des politiques fédérales, provinciales et municipales
b. De l’allocation des budgets
c. De la structure administrative municipale
2. Dresser la carte des sites de surveillance visuelle dans les limites de la municipalité
3. Comprendre les divers objectifs des « nodes » (membres) et du réseau de surveillance
4. Comprendre les interactions entre le nodes du réseau
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